Sécurité des Piétons et Électrification des Engins de Déplacement (SPEED)

L’électrification des vélos et trottinettes, et la promotion des modes dits “doux” (marche, vélo, glisse urbaine) bouleversent les équilibres traditionnels entre les usagers de la voirie. Les piétons – usagers vulnérables par excellence – se retrouvent au cœur de nouveaux types d’interactions avec des véhicules silencieux, aux capacités de changement de direction, d’accélération et de freinage complexes à anticiper. Cette évolution soulève des défis majeurs en matière de sécurité routière et de régulation des comportements.
Le nombre de collisions de piétons avec des engins de déplacement personnel motorisés (EDPM, notamment trottinettes et vélos électriques) progresse. Dans le Rhône, il a été recensé entre 2017 et 2023 plus de 600 piétons blessés dans des accidents impliquant un EDPM. L’arrivée massive des EDPM en libre-service, combinée à un encadrement réglementaire encore en construction, augmente les risques d’accident et rend plus complexe la responsabilisation des usagers. Les facteurs de risque identifiés sont variés : comportements non conformes (vitesse, circulation sur les trottoirs, usage sans casque), problèmes d’infrastructures (absence de voies dédiées, intersections peu sécurisées), faible visibilité, et faible anticipation des engins par les piétons (Siman-Tov et al., 2017). La littérature insiste aussi sur les tensions sociales croissantes dans l’espace public, et sur un sentiment d’insécurité qui modifie les comportements piétons, notamment chez les populations vulnérables (enfants, personnes âgées).
Dans une période où l’espace public évolue très vite et devient un lieu de négociation complexe entre vitesse, sécurité, accessibilité et durabilité, ce projet SPEED ambitionne de replacer le piéton au cœur des réflexions sur la ville de demain. Il s’articule autour de 4 axes. Les deux premiers sont relatifs aux comportements des piétons et des usagers d’EDPM d’une part (axe 1), et à l’analyse des circonstances critiques voire accidentelles, et des typologies de blessures des piétons percutés par un EDPM (axe 2). Ils permettront de mettre à jour des situations conflictuelles et accidentogènes auxquels font face les piétons, de façon qualitative et quantitative. Les deux axes suivants quantifieront la perception des EDPM par les piétons (axe 3) et objectiver leur exposition au risque de blessure (axe 4). Le projet s’étend sur 2 ans (2026-2027). Les résultats obtenus alimenteront les réflexions relatives à l’élaboration de politiques publiques adaptées aussi bien sur les questions de règlementation (y-compris des engins de déplacement) que de régulation des comportements.
Le Registre du Rhône sera utilisé comme base d’enquête pour l’axe 2, afin de contacter les piétons blessés dans un accident impliquant un EDPM sur la période 2017 – 2023, et leur proposer de participer à un recueil d’informations complémentaires portant sur les configurations d’accident, circonstances accidentelles et comportements à risque. Nous considérerons pour cette enquête les EDPM suivants : trottinettes électriques, vélos électriques, gyropodes, monoroues, hoverboards, et skateboards électriques. Il s’agit d’une prolongation de l’étude ELMOS, considérée par la CNIL comme une modification non-substantielle. Vous pouvez retrouver la lettre d’information sur cette étude sur notre site [ici].

Siman-Tov, M., Radomislensky, I., Israel Trauma Group, & Peleg, K. (2017). Injuries associated with electric bikes: a new epidemic? American Journal of Emergency Medicine, 35(2), 287–289.