Épidémiologie et facteurs de risque des traumatismes abdominopelviens consécutifs à un accident de la route : données du Registre du Rhône, 1996-2013

L’accidentologie routière est la première cause de traumatisme abdominopelvien (TAP). Ils sont responsables d’une surmortalité. Peu de séries dans la littérature se sont attachées à décrire ces lésions ou étudier leurs facteurs de risque. L’objectif principal était de décrire la distribution et la gravité des TAP chez les victimes d’accident de la circulation. L’objectif secondaire était d’étudier les facteurs de risque de ces TAP. Les victimes ont été sélectionnées à partir du Registre sur la période 1996-2013. Les données concernant les TAP, en incluant les lésions du diaphragme et du bassin, ont été analysées en détail. La prise en charge des patients hospitalisés en services de soins intensifs en 2012-2013 a été également étudiée à partir des comptes rendus des dossiers médicaux.

Parmi 162 695 victimes, 10 165 présentaient un TAP, soit 6,2%. Ce chiffre, inférieur aux données de la littérature, tient à l’exhaustivité du Registre et à l’absence de biais hospitalier. Les victimes étaient plus fréquemment des hommes jeunes. L’accident impliquait le plus souvent 2 voitures. L’ISS moyen était de 8,7. La mortalité était de 5,6%. Hormis les atteintes des parties molles largement prédominantes (n=6388 ; 54,4% des patients), les lésions osseuses du bassin représentaient 2322 blessés, soit 22,8%, en faisant l’organe le plus touché. Les organes abdominaux internes étaient atteints chez 2425 victimes, les 3 plus fréquents étant classiquement les gros organes pleins (rate, foie et rein). Il était intéressant de noter l’importance des lésions des organes génitaux externes, apanage quasi-exclusif des accidents de 2-roues. Le port de la ceinture de la sécurité apparaissait logiquement comme un facteur statistiquement protecteur de TAP et notamment de lésions graves. Nous n’avons pas retrouvé de prédisposition significative de lésions d’organe creux liée à la ceinture. L’analyse partielle sur les 2 dernières années parmi les patients les plus graves AIS3+ hospitalisés en réanimation confirmait la place importante du traitement non interventionniste chez les deux tiers des blessés même en cas de lésion sévère, grâce aux progrès de l’imagerie et de la surveillance armée en réanimation chez ces patients stables. En analyse uni- ou multivariée, le sexe, l’âge, le type d’usager, l’antagoniste, le type de réseau, l’heure de l’accident ou le port de la ceinture étaient des variables statistiquement associées aux TAP, mettant en évidence un profil qui apparaît plus protégé : une femme automobiliste ceinturée circulant en journée sur une voie communale. A l’inverse, un homme âgé piéton ou en 2-roues à moteur percutant un poids lourd sur une route au milieu de la nuit apparaît très à risque de survenue d’un TAP.

Une des limites des informations fournies par le Registre est l’absence de données physiologiques. Un travail complémentaire pourrait permettre prochainement de récupérer certains paramètres pertinents cliniques ou biologiques à partir des dossiers médicaux, afin d’évaluer la corrélation de ces variables physiologiques lors de la prise en charge médicale à la gravité anatomique, éventuellement par organe. Les TAP concernent une minorité de blessés de la route, mais sont responsables d’une surmortalité significative. Les gros organes pleins sont les plus fréquemment touchés. Les femmes en voiture ceinturées conduisant en ville en journée apparaissent plus protégées contre les TAP.


Monchal T, (sous la direction de A. Ndiaye). Épidémiologie et facteurs de risque des traumatismes abdominopelviens consécutifs à un accident de la route : données du Registre du Rhône, 1996-2013. [Mémoire de santé publique], Université Claude Bernard Lyon 1; 2016.

Il lui a été décerné un prix Arvac 2016, destiné à récompenser des travaux en lien avec les données du Registre.