Description des Associations entre Lésions chez les Victimes d’Accidents de la Route (Dalvar)

Les victimes d’accident de la route sont souvent des polytraumatisés, et la description complète de leurs lésions est fondamentale, que ce soit en termes de zones corporelles touchées ou de gravité. D’un point de vue clinique par exemple, la prise en charge des victimes va évidemment dépendre essentiellement de ce tableau lésionnel.

Les études descriptives menées jusqu’à présent ont principalement porté sur chaque lésion prise isolément, voire sur des combinaisons simples entre certaines lésions. Or, on peut imaginer l’existence de structures plus ou moins complexes dans les tableaux lésionnels. Ce projet prévoit leur analyse précise, en s’intéressant tout particulièrement aux associations entre les zones touchées et les gravités associées. Il devrait ainsi permettre de définir plus clairement ce que sont les polytraumatisés victimes d’accidents de la route. Outre les associations en elles-mêmes, un intérêt particulier sera porté aux facteurs qui peuvent les modifier : type d’usager, configuration de l’accident, etc.

Pour ce faire, nous utiliserons les données du registre, seule base de données à disposer d’une description lésionnelle complète pour l’ensemble des usagers, éventuellement complétées, pour certaines sous-analyses, par les caractéristiques accidentelles plus précises issues des données des forces de l’ordre ; nous prévoyons l’application de méthodes statistiques modernes telles que les modèles graphiques parcimonieux sur variables binaires (voire catégorielles, gaussiennes ou mixtes), qui visent à étudier les relations de dépendances conditionnelles entre un grand nombre de variables. Certains facteurs, le type d’usager notamment, pouvant influer sur ces relations, la question de leur prise en compte n’est en général pas triviale. Dans ce projet, ces facteurs sont majoritairement binaires voire catégoriels (ou catégorisables) et définissent donc naturellement des strates dans la population. On pourra alors utiliser des méthodes pénalisées développées dans la littérature pour estimer de manière conjointe plusieurs modèles graphiques (un modèle graphique par strate typiquement). D’autres approches plus classiques seront également utilisées : étude des associations marginales (avec contrôle du taux de fausse découverte “FDR”) et analyse des correspondances multiples notamment.

Un des objectifs est de pouvoir comparer les tableaux lésionnels de différents sous-groupes d’usagers (usagers vulnérables, etc.). Une première analyse a été conduite en guise d’illustration, et pour évaluer l’intérêt de l’approche auprès des cliniciens de l’UMRESTTE. La figure présente un résumé de ses résultats, où les associations entre lésions chez quatre groupes d’usagers (cyclistes, automobilistes, 2RM et piétons) sont comparées. Chaque courbe sur chacun des graphes représente la présence (et la force, en fonction de l’épaisseur du trait) d’une association entre lésions de deux zones corporelles (dont la surface est proportionnelle à la proportion d’usagers de chaque groupes ayant subi une lésion dans cette zone, estimée dans le Registre).

Exemple de représentation des associations entre lésions dans 4 sous-groupes de victimes d’accident de la route : les cyclistes, les automobilistes, les « motards » et les piétons.

Exemple de représentation des associations entre lésions dans 4 sous-groupes de victimes d’accident de la route : les cyclistes, les automobilistes, les « motards » et les piétons.

On pourra pareillement chercher à comparer les associations dans les tableaux lésionnels des piétons heurtés par différents types de véhicules (PL/VL, différents types de VL, SUV récents/SUV anciens) ou encore étudier le rôle de l’âge ou du type d’usager sur ces mêmes associations. Par ailleurs, l’étude de l’évolution des associations au fil des ans peut s’avérer informative : elle pourrait permettre de mesurer l’impact du contrôle sanction automatisé sur les lésions observées chez les accidentés de la route. Enfin, ce projet pourrait servir de base à un futur projet de plus grande envergure sur le thème du devenir des polytraumatisés victimes d’accidents de la route, impliquant des épidémiologistes, des biomécaniciens et des économistes de l’IFSTTAR.

Ce projet a donné lieu à deux premiers travaux réalisés dans le cadre d’un stage de Master 1 Polytech Lyon et d’un stage de Master 1 Santé Publique de l’Université Claude Bernard de Lyon. Plusieurs publications sont en cours  (dans des revues de traumatologie, épidémiologie et biostatistique).